[INTERVIEW] La rédaction Web en 5 questions

Bonjour tout le monde!

Depuis un peu plus de 2 ans, je suis rédacteur Web. Ce métier, je l’apprends petit à petit, un jour à la fois.

À relire : Ce que je fais dans la vie : la chasse aux mots compliqués

Aujourd’hui, je ressors mes talents de journaliste (mon ancienne profession) pour vous proposer une entrevue que j’ai faite avec un ancien collègue à propos de ce métier.

Voici 5 questions à Patrick Lévesque, rédacteur Web d’expérience et expert du marketing par courriel.

1. En quoi la rédaction Web est-elle différente des autres formes de rédaction?

Ouf! Par où commencer?

Je pense que ce qui résume le mieux ce qui différencie la rédaction Web des autres formes, c’est le contexte de communication de l’utilisateur qui consulte tes pages. C’est super important que tu comprennes bien pour qui t’écris et dans quel contexte ton utilisateur risque de consulter tes pages : quelles sont ses intentions, qu’est-ce qu’il vit comme peurs et désirs, où il est dans son parcours, dans quel environnement et avec quel équipement il va consulter tes pages.

Si ton utilisateur est en mode recherche d’information, par exemple parce qu’il magasine un frigo « su’ Sire » et se demande s’il fait une bonne affaire, il est souvent pressé de trouver, surtout s’il est sur un appareil mobile.

S’il est en mode découverte, par exemple parce qu’il s’ennuie et consulte ta page à la recommandation d’un contact sur les médias sociaux, il a probablement plus de patience.

S’il a vu une publicité en ligne qui lui parle parce qu’il semble avoir trouvé une piste de solution à un besoin criant, il va être plus ouvert à lire la page si le texte est aligné avec ses attentes, même si le design de la page est laid. (Souvent, d’ailleurs, la page super laide convertit mieux que la page léchée si le design est aligné avec le message.)

Bref, bien connaître son utilisateur, c’est crucial dans toutes les formes de rédaction, mais sur le Web, tu peux voir tout de suite si ta rédaction était le bon message au bon utilisateur au bon moment, puisque tu peux à peu près tout mesurer!

Alors si tu vois que la page X est celle qui amène le plus d’achalandage vers ta page Nous joindre, tu peux vérifier si ton message sur la page X est clair. Si la page X n’a pas d’appel à l’action (ou call to action, comme on dit en russe) qui incite tes visiteurs à t’appeler, c’est probablement que le texte de ta page X est « clair comme de la bouette » et qu’elle doit être récrite.

2. Comment décrirais-tu un bon rédacteur Web?

Coudonc, c’est la Rubrique des bonnes questions, ce blogue!

Eh bien, j’pense qu’une connaissance aiguë du contexte d’utilisation aide beaucoup le rédacteur Web. Donc, je dirais que les meilleurs rédacteurs

  • ont des connaissances en référencement Web (ou SEO, pour Search Engine Optimization, en latin) et en accessibilité Web pour les personnes handicapées — parce qu’en rédigeant des textes accessibles, on permet non seulement à 15 à 20 % de la population de consulter nos pages avec moins de difficulté, mais on se classe aussi mieux dans les résultats de recherche de Google;
  • possèdent des bases solides en expérience utilisateur et en marketing numérique;
  • connaissent presque sur le bout de leurs doigts l’ensemble du site pour lequel ils écrivent, parce que souvent, on va nous demander de changer un bout de texte dans une page, sans savoir que le même contenu existe déjà dans une autre page et l’ajout pourrait contredire ce qui est écrit ailleurs;
  • savent garder leur regard de néophyte pour pouvoir vulgariser et simplifier le jargon des organisations qui parlent un langage que l’utilisateur ne comprend pas;
  • sont particulièrement habiles à architecturer leur pensée et à regrouper l’information de manière à offrir des indices visuels comme des titres, des intertitres, des hyperliens, des listes à puces et des appels à l’action parlants;
  • ont une excellente connaissance de la langue, plus particulièrement des règles de syntaxe et de ponctuation, ce qui leur permet de rephraser de manière élégante, dynamique et simplifiée des textes qui sont souvent tirés de longs documents en format papier.

3. Y aurait-il une chose en particulier à ne pas faire en rédaction Web?

Eh bien y’a une chose que les experts en SEO ont vraiment bien réussi à faire au cours de la dernière décennie. Ils ont réussi à faire comprendre aux clients que pour être lu, il faut être trouvé. Ils ont raison, mais une fois qu’on est trouvé, est-ce qu’on est lu?

Parfois, on cède à la tentation d’être trouvé à tout prix, puis on oublie de rédiger des textes qui ont de la personnalité, qui incitent réellement l’utilisateur à passer à l’action une fois qu’il est sur la page.

Quand je disais qu’il est essentiel de bien connaître son utilisateur et son contexte, ça permet justement de se mettre à la place de l’utilisateur, qui a parfois un niveau de littératie particulièrement faible ou encore qui cherche de l’information technique très spécifique, eh bien c’est un peu ça. One size fits all, c’est pas vrai sur le Web. La recette qui plaît au SEO, dans certains cas, ne plaît pas à l’humain qui lit la page.

Par exemple, si tu t’adresses à une tranche de la population qui a une faible littératie, il faut que t’essaies de dégager ton texte de tous les obstacles potentiels à la lecture. Si tu places des hyperliens en début de paragraphe (et encore pire en tête de page), l’utilisateur va avoir de la difficulté à se concentrer et à comprendre ce qu’il lit après l’hyperlien : son cerveau est occupé à se demander s’il aurait dû cliquer sur le lien ou non.

Bien sûr, ça va aider le référencement de tes pages, mais si l’humain est pas porté à passer à l’action ou à rester sur la page parce qu’elle lui parle pas, t’as misé sur le mauvais cheval, à mon avis.

4. Si tu avais un conseil pour quelqu’un qui voudrait devenir rédacteur Web, quel serait-il?

Je prendrais une grande inspiration et je lui conseillerais de se plonger corps et âme dans le métier dès le départ afin de franchir le plus vite possible le seuil de la compétence et d’adopter une attitude de curiosité insatiable pour le domaine du numérique, qui ne cesse d’évoluer.

Puis j’enchaînerais (idéalement du même souffle) de maîtriser les bases du référencement Web, de l’expérience utilisateur et des outils de mesure comme Google Analytics pour vérifier l’efficacité de ce qu’il fait.

Et s’il me restait du souffle, je lui conseillerais d’avoir un esprit ouvert sur la suite de sa carrière, car les nouvelles spécialités dans le Web apparaissent à vitesse grand V; quand j’ai commencé, le rédacteur devait savoir coder des sites Web alors que maintenant, on a des spécialistes de tout!

5. Finalement, je sais que tu lis beaucoup sur la rédaction Web. Si tu ne pouvais que suggérer un livre à ce sujet, ce serait lequel?

Heureusement, c’est la dernière question embêtante de l’entrevue!

Malheureusement pour tes lecteurs, je n’ai pas l’habitude d’en donner moins qu’on en demande… alors j’en ai 3 en anglais et 2 en français (c’est la partie free bonus… but wait, there’s more, comme disent les voisins du sud). J’exagère encore, me diras-tu, mais au moins, il s’agit de livres de rédaction Web d’une couverture è l’autre, ce qui était très difficile à trouver il y a 10 ou 15 ans. Alors profites-en… dans mon temps, on a souffert pour en obtenir juste un!

Alors dans le désordre, Letting Go of The Words, de Janice Redish, qui date un peu, mais qui est tout de même le premier que je conseillerais de lire au rédacteur Web qui veut donner un sérieux coup de départ à sa carrière.

Ensuite, Spunk & Bite, d’Arthur Plotnik, qui est un excellent essai sur la rédaction dynamique. C’est drôle, « punché » et un pied de nez à The Elements of Style, de William Strunk Jr. et E. B. White, l’équivalent anglais (et plus normatif) du Bon Usage de Maurice Grevisse.

Dernier ouvrage anglophone : Building Great Sentences, de Brooks Landon. C’est un ouvrage qui aide le rédacteur à se poser des questions sur le choix des mots et des tournures de phrases afin de créer un effet maximal de chaque mot, ce qui est essentiel en rédaction Web.

Pour la section francophone, y’a un ouvrage qui n’est plus édité, mais qui est néanmoins très utile pour organiser un projet de rédaction Web. Il s’agit du Petit traité de rédaction Web et de stratégie de contenu de Michael Carpentier. Là aussi, c’est loin d’être ennuyant comme lecture et c’est bien systématisé.

Enfin, Bien rédiger pour le Web: Stratégie de contenu pour améliorer son référencement, d’Isabelle Canivet, c’est un très solide ouvrage qui a vu plusieurs ré-éditions. C’est probablement le plus à jour de toute la liste.

Vous avez aimé? Vous pouvez trouver Patrick sur son site Web et sur Linkedin!

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Patrick et moi au party de Noël du bureau en 2018 (à l’époque de sa grosse barbe!)

MT

5 réflexions sur “[INTERVIEW] La rédaction Web en 5 questions

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